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Question d'espoir

Le camp du OUI ne parvient plus à nous raconter d'histoires. En tout cas, pas l'histoire d’un espoir, qui emporterait l'adhésion du peuple français.
Il n'y parvient pas parce qu'on ne peut pas réitérer les voeux pieux de 1992 par lesquels certains partis dits “de progrès” s’étaient déjà moqués de la crédulité du monde. Le bilan social de la construction européenne depuis 1957 fait froid dans le dos des gens. Et notamment des pauvres gens. Ceux-là, qui n'ont pas grand chose dans leur porte-monnaie, n'ont pas la mémoire courte.

On les faisait rêver hier en les payant de mots : “l’europe ce sera plus d’emplois, plus de justice sociale”, disaient des socialistes sincères. Aujourd’hui, les cauchemars sont au rendez-vous, alors on nous chante : “l’Europe c’est la paix”, et qu’à l’aune de cette seule assertion, il faudrait tout accepter. Accepter de casser nos services publics, s’interdire le principe du mieux disant social, et s’en remettre aux commissaires européens, dirigeants non-élus, auto-proclamés défenseurs du bien public européen ! Un comble.

Ce que révèle la formidable propagande des tenants du OUI dans les médias, c’est qu’il y a de l’eau dans le gaz entre dirigeants et dirigés, à tous niveaux : société civile, partis politiques. Le contrat de mariage a besoin d’avocats, comme dans un divorce. Et avec lui l’apanage de coups-bas et tordus : “Si vous n’acceptez pas ce nouveau contrat, vous allez avoir des ennuis ! “ disait ensubstance l’ancien commissaire à la concurrence Mario Monti, donneur de leçons démocratiques transalpin, bien placé pour connaître les arcanes du pouvoir à la commission européenne… Jean-Claude Juncker vient à son tour de menacer en disant que si l’un des trois pays prochainement appelé à s’exprimer votait non, il n’y aura pas de renégociation, comme si un « non » luxembourgeois
pesait autant qu’un « non » français. Pas de renégociation, eh bien, chiche. Une refonte des insitutions, oui.

Au lieu de porter un espoir, les élites bien-pensantes, converties à l’idéologie unique, ressassent l'histoire du 21 avril 2002, à toutes fins utiles, pour culpabiliser le citoyen. Pour cela, on est prêt à ressortir tous les fantômes de leurs boîtes. Au passage, on remarque l’entretien de la confusion entre histoire intérieure et histoire extérieure, quand ça arrange. Pour le reste, il paraîtrait que le texte du projet consitutionnel et les graves ennuis commerciaux et industriels que nous avons en europe n’ont rien à voir entre eux.

Or, les enjeux européens sont surtout extérieurs au territoire français, pour 24 pays sur 25...

Mais le temps des chansons est bien fini
: les citoyens ont bien compris en 2005 ce qui leur échappait en 1992. Ils savent, par leur expérience et pour l'entendre chaque jour à la radio, que les multinationales (européennes) exploiteront demain mieux qu'aujourd'hui les travailleurs à bas salaires de Slovaquie, de Pologne, d’Estonie etc. Les Français se préoccupent fort du sort des citoyens d'europe entière, et voient bien la logique qui préside aux directives Bolkestein et autres Palacio etc.
Notre agriculture est encore protégée pour un temps par des accords franco-allemands qui seraient impossibles à réaliser demain. Mais qu'en sera-t-il de l’avenir des bassins d’emploi des industries à faible valeur ajoutée, qu’en sera-t-il de l'harmonisation des niveaux de vie entre le Inner-London (région la plus riche d'europe) et la Lubelskie (la plus pauvre, en Pologne), qu'en sera-t-il des avancées sociales pour tous ces pays qui en auraient besoin ?

Comment ces pays, nouveaux accédants, accèderont-ils à des niveaux de
protection sociale équivalents aux nôtres et qui, de toute façon, les y
contraindraient ? Connaîtront-ils un jour la séparation des églises et de l’Etat dont certains, comme en Irlande, auraient là aussi bien besoin. La charte des droits fondamentaux les obligera-t-elle à s’exclure de l’Europe pour s’extraire des articles II-52 et II-70, II-81 favorables à la reconnaissance des minorités ?

Pourquoi la capacité de ces pays à rénover leur législation serait-elle bridée ?


D’autant que les citoyens savent lire, et qu’il y a dans cette dite “Constitution” des mots qui fâchent. La concurrence ne doit pas être “faussée”. Visez le point en bout de ligne, qui fait silence sur ce en quoi elle serait faussée. « Non faussée par l’expression des suffrages qui conduirait à d’autres politiques nationales » voilà ce que l’honnêteté aurait dû commander d’écrire pour préciser l’article I-3 ; juste après, on y lit aussi que l’économie sociale de marché doit être “hautement compétitive” (compétition entre pays d’europe et du monde). La pression due à la compétition, chacun la vit au jour le jour dans le monde professionnel ou dans sa vie de demandeur d’emploi. Les citoyens lisent bien « droits » fondamentaux, mais aucune trace de « devoirs » fondamentaux dans cette europe-là.

Et pour cause : pas de citoyens européens historiquement constitués !

C’est simple ça.
Ce n’est pas compliqué.

De Gaulle aurait dit NON à ce projet s'il avait lu les dispositions I-41 et les
articles III-305 à 309. De même qu’à l’aube de l’invasion en Irak, iI aurait dit NON à ceux qui opposaient la “vieille europe” française à l’europe “nouvelle”, qui a la préférence des Etats-Unis d’Amérique. Le devoir de “solidarité “en matière militaire prévu dans ce projet de constitution aurait effrayé De Gaulle, car ce qui est en jeu c'est aussi l'indépendance de la France (et des autres nations d'europe) face aux velléités Britanniques et Américaines, et la force pacifique de
la diplomatie de chaque état.

Contre cette expérience vécue de l’europe, il sera difficile pour les citoyens de continuer à prendre des vipères pour des couleuvres. Rien de plus définitif que dans les traités précédents ? eh bien, il est temps de revenir sur les erreurs du passé.

Les citoyens de France et d’ailleurs n’ont plus envie que leur avenir se joue à Wall Street ou que notre économie soit définitivement tenue entre les mains du seul dictateur officiel au monde : le gouverneur de la Banque Centrale Européenne.

Les citoyens de France et d’ailleurs ont peut-être envie d’un autre projet de société dirigé par autre chose que le capitalisme financier, où l’économique prime sur l’humain. D’ailleurs, dès qu’une crise économique est en vue, l’on voit aussitôt les pays se resserer par couples et réclamer des quotas de protection commerciale, comme à l’occasion de l’affaire du textile chinois, où les nations en tant qu’elles-mêmes portent la voix.

Mais les Européistes béats feignent d'être naïfs, car ils n'ont en fait aucune capacité à revenir sur leurs erreurs, voire sur leurs mensonges d'hier, aucun courage à montrer leur front devant les puissances financières qui tiennent cette europe-là par la ceinture du pantalon.

Ils s’étonnent de ce que la contestation monte en France, aux Pays-bas, et que le rejet du projet constitutionnel soit si fort ? Or, qui dirait “OUI” à une mariée qui promet de faire chambre-à-part, à un projet de société dont les tenants et aboutissants échappent ?

Le NON n’est pas nourri que de l’inquiétude de son petit quant-à-soi. Il est d’abord la résultante d’un déficit démocratique, d’un éloignement toujours plus croissant du citoyen et du décideur qui est le cancer cette europe là.

On ne remerciera jamais assez Jacques Chirac d’avoir initié un référendum pour engager le début providentiel d’une nouvelle étape de la construction européenne.

Le OUI implique un abandon de l’europe des peuples,
le NON porte un espoir d'agir.

Vigueur printanière

LA VIGUEUR des citoyens qui réfléchissent est belle à voir face à la morgue et le cynisme -ou la naïveté feinte- des tenants du OUI.
C'est une vigueur printanière, une efflorescence qui prend l'allure d'une prise de conscience collective.

La France a rarement été aussi divisée sur un projet de société depuis Pétain en 1943. 

Ce printemps 2005, j'ai choisi de chanter  la chanson des imbéciles qui appellent à lire les textes de loi, je sifflote la sérénade des grands idiots qui essaient de démasquer la réalité derrière l'abstraction des traités, derrière l'abstraction de l'europe de la paix.

Et comme je suis un benêt invétéré, qui  "ne réfléchit pas", je prends la mesure de ce qu'est la "liberté" -liberté de licencier ou d'embaucher à moindre frais- liberté d'entrer en guerre contre l'IRAN, liberté toujours promise et offerte dès demain aux décisions des Généraux américains de l'OTAN. Liberté enfin de regarder la Banque Centrale Européenne échapper encore et encore à tout contrôle politique et démocratique.

Elle suffit, maintenant, l'arrogance de ceux qui savent !

A_decaux

Moi, à l'inverse des invités de Jack Lang, le gaillard Alain Decaux (voir photo d'un homme qui réfléchit), la modeste Emmanuelle Bart (voir photo au bas de cet article), le poète Renaud, je ne suis pas un puits de science, ni un abîme de savoir...

Moi, à l'inverse des invités de Jack Lang à soutenir le OUI (tant il aurait besoin d'être soutenu par l'exposition d'une élite argentée dans la vitrine du Parti socialiste français) à l'inverse de ces gens de bien et de bonne naissance, je n'ai jamais encore eu la chance de payer l'impôt sur le revenu.

Mais, si j'en crois ce que j'entends, je ne suis pas digne d'apporter un quelconque bémol à la symphonie bêlante orchestrée à Francfort, Bruxelles, Luxembourg depuis 50 ans, et si je dis NON au traité sur lequel (après tout) on demande notre avis, c'est que je suis "contre l'europe" et que je ne "réfléchis pas".

C'est Alain Decaux qui le dit au journal de France 2, alors s'il le dit, c'est que ça doit être vrai...

Mais alors il ne faut pas me demander mon avis.

Et le Président lui non plus "ne réfléchit pas" beaucoup, puisqu'il a pris seul la décision de nous consulter, tous : argentiers, professeurs, chômeurs, idiots et analphabètes.

Jack Lang avait réuni une belle brochette de citoyens d'europe entière. Et même certains dont les revenus sont planqués en Suisse, c'est plus sûr, puisque l'europe sociale nous est promise par les dirigeants du PS depuis 12 ans, et qu'elle ne saurait tarder.

De toute évidence, un coup d'oeil au porte-monnaie des invités du comité de soutien de Jack Lang nous permet à nous autres, sans-le-sou et miséreux idiots, de prédire qu'avec ces oiseaux là, l'europe sociale n'est pas prête de voir le jour.

Emmanuelle_beart(Emmanuelle Béart dans une position qui n'est pas sans rappeler celle où nous serions tous bientôt dans l'europe de Jack Lang)